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Vegetable Illustration

Produire des œufs dans ferme maraîchère : une bonne idée?

Diversifier sa production ou pas? Là est la question! Nous sommes allés à la rencontre de maraîchers qui ont fait le choix de diversifier leur production de légumes et de produire des œufs dans une ferme maraîchère. Que vous soyez un maraîcher établi ou que vous commencez votre réflexion pour bâtir votre projet, ces témoignages vous aideront assurément à vous faire une idée pour mieux évaluer si cette aventure est faite pour votre projet.  

Avez-vous déjà songé à diversifier vos productions légumières avec l’ajout d’œufs fermiers? Nous avons discuté avec 3 maraîchers pour connaître leur expérience et leur permettre de vous partager les connaissances qu’ils ont acquises dans cette aventure. Avant d’aller plus loin, laissez-nous vous les présenter. 

Alexandre Ouellette, Ferme La Pelletée

Saint-Marcel-de-Richelieu, Montérégie, Québec, Canada

La Pelletée entame sa quatrième année en production maraîchère biologique, écoulée sous forme de paniers en Montérégie et à Montréal, ainsi qu’auprès de restaurateurs. Un élevage de 95 poules s’est ajouté aux productions maraîchères en 2020 et reviendra en 2021. Les œufs ne font pas partie intégrante des paniers, ils sont vendus en extra aux abonnés intéressés directement au point de chute.

Alexandre Ouellette de la Ferme La Pelletée / Crédit : Samuel Rancourt

François Boulianne, Brouettes et Courgettes

Saint-Octave-de-Métis, Bas-Saint-Laurent, Québec, Canada

Brouettes et Courgettes a démarré en 2014 et ajouté une production d’œufs dès 2016. L’élevage compte 99 poules l’été et une soixantaine l’hiver. Les œufs ne font pas partie intégrante des paniers, ils sont vendus en extra aux abonnés intéressés directement au point de chute. Ils sont aussi vendus aux marchés publics de Saint-Flavie l’été et de Rimouski (à la fin de la saison), puis, l’hiver, via le site web où les gens commandent et se font livrer à domicile. 

François Boulianne de la Ferme Brouettes et Courgettes.

Mathieu Fontaine, Jardins du Futur Simple

Saint-Vallier, Chaudière-Appalaches, Québec, Canada

Les Jardins du Futur Simple entament leur sixième saison en production maraîchère biologique, écoulée sous forme de paniers à Lévis et à la ferme dans Bellechasse.

Un élevage de 99 poules s’est ajouté aux productions en 2019 et les œufs étaient offerts en option dans les paniers des abonnés. L’année 2020 ayant été plus difficile au poulailler, cette option cesse en 2021, le troupeau diminue et les œufs biologiques seront offerts uniquement à la boutique de la ferme.

Les Jardins du Futur Simple
Les Jardins du Futur Simple / Crédit : Maggie Tremblay

Produire des œufs dans une ferme maraîchère, qu’est-ce que ça implique?

Au Québec, les œufs de poules sont régis par la gestion de l’offre; il est interdit de posséder plus de 99 pondeuses sans quota. 

Même si les poules passent la journée sur l’herbe, elles se perchent à l’intérieur d’un poulailler la nuit pour dormir. Il doit être suffisamment spacieux pour assurer le bien-être du troupeau et sécuritaire pour le protéger des prédateurs. Différentes options existent, de l’aménagement d’un espace dans un bâtiment existant à la construction d’un poulailler fixe ou mobile. Quelle que soit la solution choisie, il y a un budget à prévoir pour construire ou aménager le poulailler et se munir notamment de filets électrifiés pour le pâturage, de mangeoires et d’abreuvoirs. 

Produire des œufs dans une ferme maraîchère, ce n’est pas très long, mais c’est quotidien. Souvent matin et soir. Semaine comme fin de semaine. Période de pointe dans les jardins ou pas. 

Au Québec, les œufs produits hors quota doivent être vendus en circuit court. Ceci limite les opportunités de mise en marché auprès de restaurateurs ou d’épiciers. Parmi les autres règlements à respecter, il y a notamment les informations à indiquer sur l’emballage (nom et adresse de la ferme, date de péremption [calculée à 30 jours après la ponte], et les mentions « œufs non classés » et « garder réfrigéré »). 

Quels sont les atouts d’offrir des œufs fermiers pour compléter son offre légumière?

« Une fois que les gens comprennent la façon dont nos poules sont élevées, on n’a aucune difficulté à vendre tous nos œufs » affirme Alexandre Ouellette de la ferme La Pelletée. « Il n’y a pas de pertes. Nos abonnés sont heureux d’avoir accès à un autre produit qui vient de chez nous en plus des légumes : une fois que le sentiment d’appartenance est développé, ça fait juste plein de sens pour eux d’augmenter la partie de leur garde-manger qui provient de la ferme ». Les œufs se vendent bien et les abonnés sont heureux : deux avantages partagés également par Mathieu Fontaine et François Boulianne. Tous trois notent aussi que les œufs sont particulièrement intéressants en début de saison, quand il y a moins de diversité dans les paniers.

La demande est là pour les œufs fermiers, et elle n’est probablement pas prête de reculer, malgré le prix plus élevé. « Nos abonnés ont confiance en nous, ils sont avec nous parce qu’ils ont déjà un désir de bien manger et de soutenir une agriculture respectueuse, on n’a jamais eu à justifier nos prix », explique Mathieu Fontaine de la ferme Les Jardins du Futur Simple. « Et quand les clients goûtent aux œufs fermiers, poursuit-il, ils ne reviennent pas en arrière ». Au départ, les abonnements avec « option œufs » de Mathieu Fontaine de la ferme les Jardins du Futur Simple étaient un élément  vraiment vendeur pour les abonnements à ses paniers. C’est moins le cas aujourd’hui, remarque-t-il : œufs ou pas, sa liste d’attente pour des paniers s’allonge. Pour François, les œufs demeurent un produit d’appel pour son kiosque au marché ainsi que pour les commandes de produits durant l’hiver : « Certains entament une commande sur notre site parce qu’ils ont besoin d’œufs, et tant qu’à y être, ils achètent leurs oignons, leurs carottes, et d’autres légumes de conservation qu’ils auraient peut-être pris au supermarché autrement. L’attrait de l’œuf fermier contribue à écouler nos produits en basse saison ».

À La Pelletée, la superficie totale du terrain est beaucoup plus grande que la superficie cultivée. « Produire des œufs dans une ferme maraîchère, c’est pour nous avoir des poules qui nous permettent de valoriser notre espace » explique Alexandre Ouellette. 

François de Brouettes et Courgettes envoi ses poules dans ses serres pour « faire le ménage » en fin de saison. Contribution à la fertilisation en prime!

Le poulailler d’Alexandre Ouellette de La Pelletée a été fabriqué à la ferme par l’équipe. Il a été aménagé sur une base de remorque afin d’être déplaçable à l’aide d’un quatre-roues (VTT ou quad) sans l’aide d’un tracteur. Il indique qu’il y a moyen que ce soit un projet économique (surtout si on a accès à du bois sur la terre) et réaliste dans le sens que ça ne demande pas trop de notions de charpenterie.

Pour Mathieu des Jardins du Futur Simple, sa conjointe et leurs trois filles, la ferme est un milieu de vie « où c’est toute une relation au vivant, à l’origine des aliments et à leur valeur qui se développe grâce au contact avec les animaux ». Ce à quoi François ajoute, en riant, que « c’est intéressant d’avoir des animaux à la ferme, puisque les légumes n’ont pas beaucoup de jasette! ».

Avant de se lancer à produire des œufs dans une ferme maraîchère, quelles réalités devrais-je considérer?

« Étant limité à moins de 100 poules, il est impossible de faire d’économie d’échelle » indique Mathieu Fontaine. « Ce n’est pas réellement plus long de prendre soin de 200 poules que de 100 poules. Considérant que la demande est là, on pourrait vendre le double de notre quantité d’oeufs sans que la tâche des soins aux poules ne soit doublée. J’estime qu’avoir un troupeau de 200 poules augmenterait la charge de travail d’environ de 20% à 25%. Ce qui serait un peu plus long serait surtout le lavage des œufs et pas tant les soins au troupeau. ». Alexandre Ouellette de La Pelletée peut en témoigner : il est passé de 50 poules et à 95 poules à l’intérieur d’un même été. Il confirme qu’il ne passait pas plus de temps à s’occuper des pondeuses lorsque son troupeau avait doublé.

Si ce n’était pas des quotas imposés, les trois maraîchers considèreraient d’avoir au moins 200 poules. Le trio s’entend pour dire que la limite permise hors quota pourrait être actualisée afin de donner une marge plus intéressante aux petites fermes. « C’est dommage, dit Alexandre, mais à 99 poules c’est peu rentable. Il faut voir les avantages ailleurs que dans la profitabilité. On se dit que les poules « payent leur loyer » et que ça vaut la peine parce que la demande est là :  « on écoule toujours tous nos œufs et les abonnés sont contents ». François Boulianne abonde dans le même sens en soulignant que malgré la faible rentabilité, il reconnaît l’effet « d’appel » des œufs et le contact avec les animaux. 

Pour sa part, Mathieu Fontaine prend du recul :  « Avec les Jardins qui grandissent, on finissait souvent par laver les œufs à 21h avec notre journée dans le corps. Ça revêtait une certaine lourdeur, surtout quand on mettait cette tâche quotidienne en perspective avec le peu de rentabilité ».  

Pour garder ses poules plus d’une saison, il faut prévoir un espace aménagé dans un bâtiment, ou dans une serre. « Les serres, c’est quelque chose qu’on maîtrise comme maraîchers, et y loger nos poules l’hiver est une façon de valoriser la serre pendant quatre saisons » fait valoir Alexandre de La Pelletée . Quand les poules retournent au pâturage, la serre est à nouveau utilisée pour les cultures végétales. Bien qu’il y ait moyen de transporter l’eau à la main, il est préférable d’avoir accès à l’eau et à l’électricité pour faciliter les soins du troupeau. Il faut noter que les soins quotidiens impliquent de rester à la ferme même l’hiver. Pour pouvoir quitter la ferme, il faut prévoir des gens pour prendre le relais. Automatiser est une possibilité, mais comme l’ont constaté les maraîchers vu la faible rentabilité des œufs, les investissements sont à minimiser.  

S’occuper d’un troupeau de poules, cela ne demande pas beaucoup de temps, mais c’est une charge mentale constante. Alexandre donne l’exemple d’un imprévu relié aux poules qui pourrait déstabiliser une journée de livraison, ou le fait de se soucier si de grands vents avaient fait bouger les filets électriques. « On finit par arrêter ce qu’on fait pour aller s’assurer que tout va bien. Avoir des poules, c’est être responsable de leur sécurité ». 

François abonde dans le même sens en insistant sur l’importance de protéger son élevage : « Il ne faut pas penser que les prédateurs ne s’intéressent pas à nos animaux, surtout la nuit ». Une maladie peut aussi affecter le troupeau, comme c’est arrivé à Mathieu. Puisque la rentabilité est faible, ce n’est pas toujours logique de faire venir un vétérinaire.

Conseils pour produire des œufs dans une ferme maraîchère

Terminons avec quelques conseils d’Alexandre, Mathieu et François pour les maraîchers-ères qui flirtent avec l’idée de se lancer dans la production d’œufs en complément des légumes.  

Vous voulez en savoir plus sur la diversification avant de prendre votre décision ? 

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